Le waqf est l'une des plus belles institutions de l'islam : une dotation que l'on immobilise pour que ses fruits profitent durablement aux autres, bien après la mort de celui qui l'a constituée. C'est une forme d'aumône qui ne s'arrête jamais. Mais entre le principe spirituel et sa réalisation concrète en France, il existe un écart juridique que peu de contenus expliquent.
Dans ce guide, nous vous expliquons ce qu'est un waqf, son lien avec la sadaqa jariya, ses différents types, et surtout comment une intention de waqf peut se réaliser en France à travers les outils du droit civil et d'une transmission de patrimoine bien préparée.

Le mot waqf (وقف) signifie littéralement « arrêter » ou « immobiliser ». Il désigne une dotation par laquelle une personne fige durablement un bien afin que ses revenus soient affectés à une cause déterminée. Au Maghreb, on parle plus souvent de habous, qui recouvre la même réalité.
Le principe repose sur une idée simple et puissante : le capital est immobilisé, mais ses fruits continuent de profiter aux bénéficiaires. Une fois le bien constitué en waqf, il ne peut plus être ni vendu, ni donné, ni transmis en héritage. Seuls ses revenus, comme les loyers d'un immeuble ou le rendement d'un placement, sont distribués, et cela en principe à perpétuité.
Le waqf est l'illustration la plus aboutie de la sadaqa jariya, l'aumône continue dont le Prophète (paix et salut sur lui) a souligné la valeur exceptionnelle.
« Lorsque le fils d'Adam meurt, ses œuvres s'arrêtent, sauf trois : une aumône continue, une science utile dont les gens tirent profit, ou un enfant pieux qui invoque pour lui. »
Rapporté par Mouslim (n° 1631)
L'origine du waqf remonte à un épisode bien connu de la vie du Prophète. Omar ibn al-Khattab acquit une terre fertile à Khaybar et demanda comment en faire le meilleur usage. La réponse fonda l'institution du waqf.
« Si tu le souhaites, immobilise la terre elle-même et donnes-en les fruits en aumône, de sorte qu'elle ne soit ni vendue, ni donnée, ni transmise en héritage. »
Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim, d'après Ibn Omar
Toute donation waqf est donc une sadaqa jariya. L'inverse n'est pas vrai : on peut accomplir une aumône continue sans constituer un waqf, par exemple en finançant un puits ou en participant à une œuvre durable.
Selon les bénéficiaires désignés par le constituant, on distingue trois grandes catégories de waqf.
| Type de waqf | Bénéficiaires | Exemples |
|---|---|---|
| Waqf khayri (caritatif) | La communauté, l'intérêt général | Mosquées, écoles, hôpitaux, puits, cimetières |
| Waqf dhurri ou ahli (familial) | Les descendants et proches désignés | Revenus d'un bien affectés aux enfants, puis à une œuvre |
| Waqf mushtarak (mixte) | La famille et une cause caritative | Combinaison des deux logiques précédentes |
Une subtilité mérite d'être connue pour le waqf familial : comme le waqf doit être perpétuel, le constituant doit prévoir un bénéficiaire ultime et permanent, le plus souvent les pauvres ou une œuvre caritative, pour le jour où la lignée familiale désignée viendrait à s'éteindre.
La validité d'un waqf suppose plusieurs conditions. Le constituant, appelé waqif, doit être sain d'esprit, majeur, libre de ses décisions et véritablement propriétaire du bien qu'il affecte. Le bien lui-même, le mawquf, doit être durable et productif de revenus : un immeuble, une terre, mais aussi des biens financiers comme une somme d'argent, ce que l'on appelle le waqf en numéraire. Enfin, les bénéficiaires doivent être identifiables et la cause licite.
Le waqf se distingue des autres formes de don et de transmission en islam. Le tableau ci-dessous résume leurs différences.
| Notion | Nature | Caractéristique |
|---|---|---|
| Zakat | Aumône légale, obligatoire | 2,5 % du patrimoine par an, versée directement au bénéficiaire |
| Sadaqa | Aumône volontaire | Don ponctuel, transmis immédiatement |
| Sadaqa jariya | Aumône continue | Un bien qui produit du bien dans la durée |
| Waqf | Dotation immobilisée | Capital figé à perpétuité, seuls les revenus sont distribués |
| Legs (wasiyya) | Disposition à cause de mort | Transmise au décès, plafonnée au tiers en droit musulman |
C'est la question essentielle, et la réponse demande de la nuance. Le waqf classique, tel qu'il existe dans le droit musulman, n'a pas d'équivalent direct en droit français. Notre droit prohibe en effet l'immobilisation perpétuelle d'un bien hors du commerce, et il impose la réserve héréditaire, qui interdit de déshériter totalement ses enfants ou son conjoint.
Réaliser une intention de waqf en France suppose donc de passer par des véhicules de droit civil qui s'en approchent. Plusieurs solutions existent.
Créé par la loi du 4 août 2008, le fonds de dotation est l'outil français le plus fidèle à l'esprit du waqf. Il s'agit d'une personne morale à but non lucratif qui reçoit des biens à titre gratuit et irrévocable, les capitalise, et n'utilise que leurs revenus pour financer une œuvre d'intérêt général. Le capital reste inaliénable, exactement comme dans un waqf. Sa création est relativement simple, par une déclaration en préfecture, avec une dotation minimale de 15 000 euros.
D'autres outils permettent de concrétiser une intention de don durable, selon l'ampleur du patrimoine et l'objectif visé.
C'est le point que la plupart des contenus oublient. En droit français, on ne peut transmettre librement qu'une part de son patrimoine, appelée la quotité disponible. Le reste, la réserve héréditaire, revient obligatoirement aux héritiers réservataires. Cette quotité disponible est de la moitié du patrimoine avec un enfant, du tiers avec deux enfants, et du quart avec trois enfants ou plus.
Avant de songer aux véhicules juridiques, une étape est souvent négligée : on ne peut donner durablement que ce que l'on a d'abord constitué de façon licite. Voici la marche à suivre.
Constituer un patrimoine licite : épargner et investir sans riba, pour que le capital destiné à votre intention de don soit lui-même conforme. Un patrimoine bâti sur l'intérêt poserait un problème au regard de l'intention.
Clarifier votre intention : définir la cause à soutenir, le caractère caritatif, familial ou mixte, et l'horizon souhaité, ponctuel ou perpétuel.
Préparer la transmission : choisir les outils adaptés (clause bénéficiaire, donation, fonds de dotation) en tenant compte de la quotité disponible et de votre situation familiale.
Faire valider l'acte : se rapprocher d'un notaire pour la rédaction juridique, et d'un conseiller en gestion de patrimoine pour l'articulation avec votre épargne et votre fiscalité.
Croire que le waqf classique est possible tel quel en France : l'immobilisation perpétuelle hors succession n'existe pas en droit français, il faut passer par un véhicule équivalent.
Oublier la réserve héréditaire : vouloir tout affecter à une dotation expose à une réduction de la libéralité à l'ouverture de la succession.
Doter avec un capital non conforme : préparer son intention sans s'être assuré que l'épargne sous-jacente est licite, sans riba.
Voici les réponses aux questions les plus posées sur le waqf.
Pas sous sa forme classique. Le droit français interdit l'immobilisation perpétuelle d'un bien hors succession. En revanche, le fonds de dotation, créé par la loi de 2008, reproduit fidèlement le mécanisme du waqf : un capital inaliénable dont seuls les revenus financent une œuvre.
La zakat est une aumône obligatoire, fixée à 2,5 % du patrimoine chaque année et versée directement aux bénéficiaires. Le waqf est une démarche volontaire qui immobilise un capital pour en distribuer les revenus dans la durée. L'un est un devoir annuel, l'autre une dotation perpétuelle.
Oui, c'est le waqf familial. Les revenus du bien sont affectés aux descendants désignés. Pour respecter le caractère perpétuel du waqf, il faut toutefois prévoir un bénéficiaire caritatif ultime, qui prend le relais si la lignée familiale s'éteint.
Il en est très proche. Comme le waqf, il repose sur un capital inaliénable dont seuls les fruits sont utilisés pour une œuvre d'intérêt général. C'est l'outil de droit français le plus fidèle à la logique du waqf, ce qui en fait une voie sérieuse pour concrétiser cette intention.
Non. Le waqf en numéraire permet d'affecter de petites sommes, et des dispositifs mutualisés existent. L'essentiel n'est pas le montant, mais l'intention et la durabilité du bien. Une épargne halal régulière peut, avec le temps, constituer la base d'une telle démarche.
Le waqf incarne une intention magnifique : faire vivre une aumône bien après soi. En France, sa réalisation passe par les outils du droit civil, fonds de dotation, donation ou clause bénéficiaire, et suppose de respecter la réserve héréditaire. Surtout, elle commence en amont, par la constitution d'un patrimoine licite. C'est précisément là que Perenys vous accompagne, en bâtissant une épargne halal et une transmission préparée, à la hauteur de vos convictions.
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