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Action halal : le screening d'une action en bourse

Zakarya ABOUNAJI
Jul 2026

Vous repérez une entreprise qui vous plaît, ses produits, sa croissance, et une question vous arrête net : cette action est-elle halal ? Contrairement à un fonds déjà filtré, une action individuelle n'est accompagnée d'aucun label de conformité. C'est à vous de vérifier, ligne par ligne, que l'activité et la structure financière de la société respectent les principes de la finance islamique.

Ce travail de vérification porte un nom : le screening. Il repose sur deux filtres complémentaires, un filtre sur le métier de l'entreprise et un filtre sur ses ratios financiers, puis sur une étape de purification. Voici comment procéder concrètement, avec les seuils reconnus par les grands standards, et pourquoi cette démarche reste exigeante quand on la mène seul.

Investisseur musulman analysant le screening d'une action en bourse

Une action peut-elle être halal en islam ?

Oui, en principe. Une action représente une part de propriété réelle dans une entreprise. En détenant une action, vous possédez une fraction indivise des actifs de la société, pas un simple pari sur l'évolution d'un cours. C'est cette réalité économique tangible qui distingue l'action de la spéculation pure et la rend licite sur le fond.

Cette licéité est conditionnée, et les deux références du domaine ne s'arrêtent pas au même point. L'Académie internationale du fiqh de l'OCI pose le principe fondateur dès 1992 : la participation est autorisée dans les sociétés dont l'activité est licite, et la même résolution retient un principe d'interdiction pour les sociétés dont l'activité mêle le licite et l'illicite. Le standard AAOIFI n°21 (Financial Paper : Shares and Bonds), adopté en 2004 par l'organisme de référence de la finance islamique, codifie ensuite la matière avec des critères précis, et admet les sociétés mixtes sous conditions et seuils chiffrés.

Cette divergence mérite d'être connue plutôt que passée sous silence : les seuils de tolérance détaillés plus bas relèvent de l'approche AAOIFI, et non de la position de l'Académie, qui s'en tient aux sociétés purement licites. Selon l'avis que vous suivez, le périmètre des actions éligibles n'est donc pas le même.

« Allah a rendu licite le commerce et illicite l'intérêt (ribâ). »

Coran, sourate Al-Baqara (2), verset 275

L'intention et l'activité réelle priment. Le fiqh regarde ce que fait vraiment l'entreprise sous-jacente, pas l'étiquette de son secteur. Deux sociétés du même secteur peuvent avoir un verdict opposé selon leur endettement et leurs sources de revenus. Ce que les chiffres vérifient, ce n'est pas l'utilité sociale de l'entreprise, qui reste une appréciation variable selon la sensibilité de chacun, mais le respect des principes forts de la finance islamique : l'adossement à l'économie réelle, l'absence de riba et l'exclusion des activités illicites.

Qu'est-ce que le screening d'une action ?

Le screening est le processus de vérification qui détermine si une action est conforme à la charia. Il combine deux filtres qui doivent être passés l'un après l'autre. Une action qui échoue au premier n'a pas besoin d'être passée au second : elle est écartée d'office.

Le premier filtre est qualitatif : il porte sur le secteur et l'activité de l'entreprise. Le second est quantitatif : il porte sur trois ratios financiers qui mesurent l'exposition de la société à l'intérêt (ribâ). Une action n'est retenue que si elle passe les deux, puis fait l'objet d'une purification des revenus impurs résiduels.

Quels secteurs le filtre qualitatif exclut-il ?

Ce premier filtre écarte les entreprises dont l'activité principale est prohibée. Les grands standards (AAOIFI, Dow Jones Islamic Market, S&P Shariah, MSCI Islamic) retiennent une liste très proche de secteurs interdits.

Secteur excluRaison
Banque et finance conventionnellesRevenus fondés sur l'intérêt (ribâ)
Assurance conventionnelleRibâ, incertitude excessive (gharar), pari (maysir)
Alcool et spiritueuxSubstance prohibée
Porc et produits dérivésSubstance prohibée
Jeux de hasard, casinos, parisMaysir
TabacProduit nuisible, exclu par la plupart des standards
Armement et défenseExclu selon les standards et l'usage de l'arme
Pornographie, divertissement non conformeContenu immoral

Le point de vigilance : ne jugez pas l'entreprise sur son nom ou son image, mais sur la ventilation réelle de ses revenus. Un groupe diversifié peut tirer une part de son chiffre d'affaires d'une activité prohibée sans que cela saute aux yeux. Le rapport annuel et le détail des segments de revenus sont vos meilleures sources.

Quels sont les ratios financiers à vérifier ?

Une entreprise peut avoir une activité parfaitement licite tout en étant trop exposée à l'intérêt, par exemple avec une dette bancaire massive ou une trésorerie placée en produits à revenu d'intérêt. Le filtre quantitatif mesure cette exposition avec trois ratios. C'est ici que les méthodologies divergent, sur les seuils comme sur le dénominateur utilisé.

RatioAAOIFI (n°21)Dow Jones IslamicMSCI Islamic
Dette portant intérêt< 30 % de la capitalisation boursière< 33 % de la capitalisation moyenne sur 24 mois< 33,33 % du total des actifs
Trésorerie + titres à revenu d'intérêt< 30 % de la capitalisation boursière< 33 % de la capitalisation moyenne sur 24 mois< 33,33 % du total des actifs
Créances clients (et trésorerie)Encadré par les standards< 33 % de la capitalisation moyenne sur 24 mois< 33,33 % du total des actifs
Revenus non conformes< 5 % des revenus totaux< 5 % des revenus totaux< 5 % des revenus totaux
Il existe plusieurs méthodologies, pas une seule vérité chiffrée. La différence de dénominateur est décisive : AAOIFI et Dow Jones rapportent la dette à la capitalisation boursière (qui bouge avec le cours), MSCI la rapporte au total des actifs (issu du bilan). S&P Shariah plafonne la dette à 33 % de la valeur de marché moyenne des capitaux propres sur 36 mois, avec une limite plus large de 49 % sur les créances. Résultat : une même société peut être conforme selon un standard et non conforme selon un autre, sans qu'aucun chiffre de l'entreprise n'ait changé. Choisissez un standard et tenez-vous-y.

Comment purifier les dividendes d'une action ?

Même une action retenue peut générer une petite part de revenus non conformes, le plus souvent des intérêts perçus sur la trésorerie de l'entreprise. Quand cette société verse un dividende, une fraction de ce dividende provient de ces revenus impurs. La purification (tathir) consiste à estimer cette fraction et à la donner en aumône, sans en attendre de récompense, car il s'agit d'ôter une impureté et non de faire une aumône volontaire.

Le calcul est proportionnel : montant à purifier = dividende reçu × (revenus non conformes ÷ revenus totaux). Si une entreprise tire 3 % de ses revenus de sources non conformes et que vous avez perçu 1 000 € de dividendes, vous reversez 30 € à une œuvre caritative. En pratique, cette part se situe le plus souvent entre 1 et 5 % des dividendes. La majorité des institutions, dont l'AAOIFI, considèrent cette purification comme obligatoire dès qu'il existe des revenus non conformes.

Comment screener une action, étape par étape ?

1. Identifiez l'activité réelle. Lisez le rapport annuel et la ventilation des revenus par segment pour connaître le vrai métier de l'entreprise.

2. Passez le filtre sectoriel. Écartez d'office toute société dont l'activité principale est prohibée (banque conventionnelle, alcool, jeux, tabac, etc.).

3. Récupérez les derniers comptes audités. Bilan et compte de résultat récents, car les ratios se calculent sur des chiffres à jour.

4. Calculez les trois ratios. Dette portant intérêt, trésorerie plus titres à revenu d'intérêt, revenus non conformes, selon le standard que vous avez choisi.

5. Comparez aux seuils. Confrontez chaque ratio au plafond du standard retenu (30 % pour l'AAOIFI, 33 % pour Dow Jones, etc.) et au plafond de 5 % de revenus non conformes.

6. Estimez la purification et surveillez. Calculez la quote-part à donner sur les dividendes, puis recommencez le contrôle à chaque publication trimestrielle.

Pourquoi le screening en autonomie est-il si exigeant ?

Le screening d'une action est faisable, mais il est chronophage et mouvant. Les comptes d'une entreprise évoluent à chaque trimestre : une société conforme aujourd'hui peut franchir le seuil de dette au prochain bilan et devenir non conforme, sans prévenir. Suivre une poignée de lignes impose donc de recalculer régulièrement, de retrouver les bons agrégats comptables et d'appliquer le même standard à chaque fois pour rester cohérent.

À cela s'ajoute la purification à tenir à jour, ligne par ligne, dividende par dividende. Pour un investisseur qui gère son épargne à côté de son travail, ce suivi devient vite lourd. C'est précisément la raison pour laquelle beaucoup préfèrent s'appuyer sur des fonds et ETF déjà filtrés par un comité de conformité, logés dans une enveloppe adaptée. Chez Perenys, l'objectif est de vous donner accès à des supports déjà screenés et à des enveloppes compatibles (PEA, assurance-vie et PER en version conforme), pour investir sans refaire ce travail à la main.

Faut-il utiliser une application de screening ?

Des applications grand public comme Musaffa, Zoya ou Islamicly proposent un verdict de conformité prêt à l'emploi pour des milliers d'actions. Elles font gagner du temps et conviennent pour un premier tri. Mais elles ont des limites qu'il faut connaître avant de leur confier vos décisions.

D'abord, chaque application applique son propre standard et ses propres seuils : deux d'entre elles peuvent rendre un verdict opposé sur la même action, exactement comme deux standards le font. Ensuite, le verdict arrive en boîte noire, sans que vous voyiez le détail du calcul ni le montant exact de purification à appliquer. Enfin, la plupart fonctionnent sur abonnement et vous rendent dépendant d'un tiers dont vous ne maîtrisez ni la méthode ni la fréquence de mise à jour. Une application est un point de départ commode, pas une garantie de conformité que vous contrôlez.

Un exemple concret : une action qui passe, une action qui recale

Prenons deux profils d'entreprises, avec le standard AAOIFI (dette et liquidités sous 30 % de la capitalisation, revenus non conformes sous 5 %). Les chiffres ci-dessous sont illustratifs et ne visent aucune société réelle.

CritèreSociété A (industrie)Société B (distribution endettée)
Activité principaleFabrication d'équipements, liciteGrande distribution, licite
Dette portant intérêt / capitalisation18 % (sous le seuil)41 % (au-dessus du seuil)
Trésorerie + titres à intérêt / capitalisation12 % (sous le seuil)9 % (sous le seuil)
Revenus non conformes / total1,5 % (sous le seuil)2 % (sous le seuil)
VerdictRetenue, avec purification de 1,5 % des dividendesÉcartée, dette au-dessus du seuil

La société A passe les deux filtres : activité licite et trois ratios sous les seuils. Elle est retenue, à condition de purifier la part de dividende issue de ses 1,5 % de revenus non conformes. La société B a pourtant une activité licite, mais son endettement bancaire dépasse le plafond : elle est écartée d'office, sans même examiner le reste. Avec le standard Dow Jones (seuil 33 %), le verdict serait identique ici, mais une société limite à 32 % de dette pourrait basculer d'un standard à l'autre, ce qui illustre pourquoi le choix de la méthodologie compte.

!Erreurs à éviter

Juger l'entreprise sur le nom de son secteur sans lire la ventilation réelle de ses revenus.

Calculer les ratios une seule fois et ne jamais les revérifier au trimestre suivant.

Confondre dette totale et dette portant intérêt, alors que les standards visent la seconde.

Utiliser un dénominateur (capitalisation ou total des actifs) qui n'est pas celui du standard choisi.

Oublier la purification des dividendes une fois l'action retenue.

Mélanger les seuils de plusieurs méthodologies dans un même calcul.

Screener une action en 6 points
  • L'activité principale de l'entreprise est licite.
  • La dette portant intérêt reste sous le seuil du standard choisi.
  • La trésorerie et les titres à revenu d'intérêt restent sous le seuil.
  • Les revenus non conformes représentent moins de 5 % du total.
  • La quote-part de dividende à purifier est estimée et reversée.
  • Un contrôle est reprogrammé à la prochaine publication trimestrielle.

Questions fréquentes sur le screening d'une action

Investir en bourse est-il halal en islam ?+

Oui, acheter des actions est licite en principe, car une action est une part de propriété réelle dans une entreprise. La condition est que l'activité de la société et sa structure financière soient conformes, ce que le screening permet de vérifier.

Une action de banque conventionnelle peut-elle être halal ?+

Non. La banque conventionnelle tire l'essentiel de ses revenus de l'intérêt (ribâ), ce qui la fait échouer dès le filtre sectoriel. Inutile d'en calculer les ratios : elle est écartée d'office.

Quel seuil de dette faut-il retenir, 30 % ou 33 % ?+

Les deux existent selon le standard. L'AAOIFI retient 30 % de la capitalisation boursière, Dow Jones Islamic 33 % de la capitalisation moyenne sur 24 mois, MSCI 33,33 % du total des actifs. Choisissez un standard et appliquez-le de façon cohérente.

Faut-il purifier les plus-values ou seulement les dividendes ?+

La purification vise en priorité la part de revenus non conformes contenue dans les dividendes. Le traitement des plus-values fait l'objet d'avis plus nuancés selon les comités de conformité. Par prudence, beaucoup d'investisseurs appliquent la même logique de quote-part.

Un ETF islamique dispense-t-il du screening ?+

En grande partie, oui. Un ETF ou un fonds islamique applique déjà les filtres sectoriels et financiers via un comité de conformité, et gère souvent la purification. C'est ce qui en fait une alternative plus simple au screening d'actions individuelles.

À quelle fréquence faut-il revérifier une action ?+

Idéalement à chaque publication de résultats, soit environ tous les trimestres, car les ratios évoluent avec le bilan et le cours. Une action conforme peut basculer d'une période à l'autre.

Le screening d'une action est à votre portée : un filtre sur l'activité, trois ratios financiers, une purification des dividendes. Mais tenir ce contrôle à jour trimestre après trimestre, sur chaque ligne, demande du temps et de la rigueur. Si vous préférez investir sur des supports déjà filtrés et dans une enveloppe adaptée, un conseiller peut faire le point avec vous.

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Zakarya ABOUNAJI
Jul 2026