L'émission de Burjeel Holdings, sursouscrite 3,2 fois, confirme une tendance observée depuisplusieurs années : les sukuk attirent une demande largement supérieure à l'offre.

Lorsqu’une entreprise ou un État émet de nouveaux sukuk, il n’est pas rare que l’opération soit sursouscrite. Derrière ce terme financier se cache une idée simple : les investisseurs souhaitent acheter davantage de sukuk que le montant réellement disponible.
La première émission de sukuk de Burjeel Holdings, un groupe de santé implanté dans lespays du Golfe, en offre une illustration parlante. Legroupe souhaitait lever 500 millions de dollars., les ordres d’achat transmis par les investisseurs ont pourtant atteint 1,6 milliard de dollars : la demande a donc représenté 3,2 fois le montant proposé.
Avant l’émission d’un sukuk, les banques chargées de l’opération recueillent les intentions d’achats des investisseurs : elles constituent ainsi un carnet d’ordres. Prenons un exemple simple : une entreprise souhaite émettre 100 millions d’euros de sukuk, mais reçoit 300 millions d’euros de demandes dans le carnet d’ordres. L’émission est alors sursouscrite trois fois. Tous les investisseurs ne pourront donc pas obtenir le montant qu’ils avaient demandé, les titres disponibles devront être répartis entre eux.
Une forte souscription témoigne généralement d’un intérêt important pour l’émission. Elle peut aussi permettre à l’émetteur d’obtenir de meilleures conditions de financement. Dans le cas de Burjeel, la solidité du carnet d’ordre a permis de réduire le rendement proposé par rapport aux premières indications communiquées au marché. Le sukuk a finalement été émis avec un taux de profit de 7% alors que les premières indications estimaient entre 7,4% et 7,6%.
Le marché des sukuk se développe mais il reste moins vaste que celui des obligations conventionnelles. Dans le même temps, de nombreux fonds d’investissement spécialisés en finance islamique ont besoin de détenir des placements conformes à leurs principes. Certaines banques islamiques disposent d’importantes liquidités mais ne peuvent pas les investir dans des obligations classiques avec intérêt.C’est donc la rencontre entre une demande structurelle et une quantité encore limitée de titres disponibles qui contribue à expliquer pourquoi certaines émissions rencontrent un tel succès.
Les sukuk ne sont pas uniquement achetés par des institutions financières islamiques. Ils intéressent également des sociétés de gestion internationales, banques privées ou encore des assureurs à la recherche de rendement et de diversification. Dans le cas de Burjeel Holdings, 61% de l’émission ont été attribués à des investisseurs internationaux, les 39% restants ont été attribués à des investisseurs des pays du Golfe.
Comme les obligations, les sukuk sont sensibles au niveau général des taux et donc aux conditions de financement des émetteurs. Après plusieurs années de remontée des rendements, de nombreuses émissions proposent aujourd’hui des niveaux de revenus plus attractifs. Pour les investisseurs à la recherche de revenus réguliers, les sukuk peuvent ainsi constituer une alternative intéressante aux marchés actions, tout en conservant un profil de risque différent.
Un fonds d’investissement dédié aux sukuk détient un portefeuille composé de nombreux sukuk émis par différents États ou entreprises. Le rôle du gérant est notamment de sélectionner les émissions qui lui paraissent les plus intéressantes en fonction de plusieurs critères :
Le rendement proposé
La qualité financière de l’émetteur
La maturité du sukuk
La devise d’émission
La liquidité du titre
Sa contribution à la diversification globale du portefeuille
Une émission très demandée peut donc intéresser le gérant mais elle n’est pas automatiquement attractive à n’importe quel prix. C’est un point important : il faut que le rendement proposé rémunère les risques pris.
Chez Perenys, nous avons fait le choix d’intégrer les sukuk au coeur de nos allocations. Notre conviction est simple : la diversification des moteurs de performance est l’un des piliers d’une allocation robuste.
Les actions constituent un puissant moteur de performance sur le long terme. En contrepartie, elles peuvent connaître des phases de volatilité importantes. Les sukuk jouent un rôle différent : ils apportent une source de rendement complémentaire et contribuent à diversifier les moteurs de performance du portefeuille.
Cette complémentarité permet de construire des allocations plus équilibrées, capables de s’adapter à différents cycles de marchés. Les sukuk ne remplacent pas les actions, ils les complètent.
C’est cette complémentarité qui nous conduit à associer une poche actions, tournée vers la croissance à long terme, à une poche sukuk, dont le rôle est d’apporter davantage de stabilité et de diversification. L’objectif est de faire travailler ensemble ces deux classes d’actifs au service d’une allocation plus robuste.