L’expression banque islamique en France suscite beaucoup d’espoirs, mais aussi de confusions. Pour certains, il s’agit simplement d’une banque “sans intérêt”. Pour d’autres, c’est un établissement entièrement structuré selon les principes de la finance islamique, avec une gouvernance religieuse indépendante et des produits conformes aux règles du fiqh.
La réalité est plus complexe. Le système bancaire français repose historiquement et juridiquement sur l’intérêt. Pourtant, la demande pour des solutions conformes à la Sharia ne cesse de croître. Il est donc nécessaire d’examiner la situation avec rigueur : qu’est-ce qu’une véritable banque islamique ? Le cadre français permet-il son existence ? Et quelles alternatives concrètes sont réellement disponibles aujourd’hui ?
Une banque islamique authentique ne se définit pas par un argument commercial. Elle repose sur des principes juridiques précis issus du Coran et de la Sunna, développés par la jurisprudence du fiqh al-muʿāmalāt.
Le premier principe est l’interdiction du riba. Le texte coranique est explicite :
Cette interdiction est confirmée dans les recueils authentiques comme Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim. Le riba désigne toute augmentation garantie attachée à un prêt d’argent, indépendamment du résultat économique.
Une banque islamique doit également éviter le gharar, c’est-à-dire l’incertitude excessive dans les contrats, ainsi que le maysir, qui renvoie aux mécanismes assimilables au jeu de hasard. Ces interdictions visent à protéger la justice contractuelle et à empêcher l’enrichissement déconnecté de l’économie réelle.
Enfin, une institution réellement conforme doit adosser ses opérations à des actifs tangibles, fonctionner sur des logiques de partage du risque et mettre en place un comité de conformité religieuse indépendant, souvent appelé Sharia Board. Ce dernier valide les produits et contrôle leur conformité dans la durée.
Autrement dit, une banque islamique ne se limite pas à supprimer les intérêts sur les comptes. Elle implique une architecture juridique complète.
En France, toute banque doit être agréée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, sous l’autorité de la Banque de France. Le système repose sur des mécanismes d’intermédiation classiques et sur l’intégration au marché interbancaire européen.
Or, ce modèle est structurellement fondé sur la circulation de liquidités rémunérées. La gestion des dépôts, le refinancement et les instruments de politique monétaire sont articulés autour de l’intérêt. Cela rend extrêmement complexe l’implantation d’une banque fonctionnant exclusivement selon les principes de la finance islamique.
Des ajustements fiscaux ont été réalisés à partir de 2009 afin de faciliter certains montages comme la murabaha immobilière, mais ces adaptations ponctuelles ne constituent pas un cadre global pour une banque islamique universelle.
À ce jour, il n’existe pas en France de banque de détail agréée fonctionnant entièrement selon les standards internationaux de la finance islamique, tels que définis notamment par l’Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions ou l’Islamic Financial Services Board.
La réponse factuelle est donc claire : aucune banque islamique complète n’opère actuellement en France.
L’absence de banque universelle islamique ne signifie pas absence totale de solutions. Plusieurs acteurs proposent des produits présentés comme conformes.
Dans le domaine du financement immobilier, certaines structures utilisent le modèle de la murabaha, qui repose sur un achat-revente avec marge connue. Pour être conforme, la banque doit réellement acquérir le bien avant de le revendre au client. Si cette étape est purement formelle ou juridiquement discutable, la conformité peut être remise en question.
Dans le domaine de l’épargne et de l’investissement, certaines offres mettent en avant un filtrage sectoriel excluant les activités illicites. Cependant, un véritable produit islamique doit aller au-delà de l’exclusion sectorielle et intégrer un contrôle des ratios financiers ainsi qu’un mécanisme contractuel conforme.
L’enjeu principal pour l’épargnant est de distinguer une adaptation technique sérieuse d’un simple positionnement marketing.

En pratique, les musulmans vivant en France adoptent généralement une approche combinée. Ils utilisent une banque conventionnelle pour les opérations courantes rendues indispensables par le cadre légal, tout en évitant les produits générateurs de riba lorsque cela est possible.
Parallèlement, ils orientent leur épargne vers des solutions d'investissement conformes à la finance islamique, structurées autour d'actifs réels et validées par un comité religieux indépendant. Ces solutions ne constituent pas une banque islamique au sens strict, mais elles permettent d'investir et de préparer des projets patrimoniaux dans le respect des principes fondamentaux.
C'est précisément cette approche que propose Perenys. Ses solutions d'épargne — le Plan Épargne Vie (PEV) et le Plan Épargne Retraite (PER) — sont adossées à des actifs réels, exclues des secteurs illicites et certifiées conformes par un Sharia Board indépendant. Elles permettent à la fois de faire fructifier son capital et de bénéficier d'avantages fiscaux, sans compromis sur les principes de la finance islamique.
Cette approche pragmatique correspond à la réalité actuelle du droit français tout en préservant la cohérence religieuse.